La retraite complémentaire représente un pilier essentiel du système de protection sociale français pour les salariés du secteur privé. Depuis le 1er janvier 2019, le régime unifié Agirc-Arrco garantit à plus de 13 millions de retraités une pension qui s’ajoute à celle versée par le régime général de la Sécurité sociale. Comprendre les mécanismes d’acquisition et de calcul des points devient indispensable pour anticiper ses revenus futurs et optimiser sa stratégie de départ. Les cotisations prélevées chaque mois sur votre bulletin de salaire se transforment en points de retraite, selon des règles précises qui détermineront le montant de votre pension. La valeur du point Agirc-Arrco, fixée à 1,4386 € en 2026, constitue le facteur de conversion final entre vos droits accumulés et la pension effectivement versée.

Fusion Agirc-Arrco 2019 : évolution du système de retraite complémentaire des salariés du secteur privé

L’unification des régimes Agirc et Arrco marque une étape majeure dans l’histoire de la retraite complémentaire française. Avant 2019, les salariés cotisaient selon leur statut professionnel : les non-cadres relevaient exclusivement du régime Arrco, tandis que les cadres cotisaient à la fois à l’Arrco sur la première tranche de salaire et à l’Agirc sur les tranches supérieures. Cette distinction créait une complexité administrative considérable et générait des incompréhensions pour de nombreux assurés.

La fusion a permis de simplifier radicalement ce dispositif en créant un régime unique applicable à tous les salariés du secteur privé, quel que soit leur statut. Les anciens points Arrco ont été repris à l’identique, tandis que les points Agirc ont été convertis selon une formule garantissant une stricte équivalence des droits acquis. Cette conversion s’est effectuée en multipliant le nombre de points Agirc par la valeur du point Agirc, puis en divisant le résultat par la valeur du nouveau point Agirc-Arrco.

Cette réforme structurelle répond également à des enjeux de pérennité financière du système. En harmonisant les règles, le régime Agirc-Arrco peut désormais gérer plus efficacement l’équilibre entre les cotisations perçues et les pensions versées. Les partenaires sociaux qui pilotent le régime disposent ainsi d’une vision consolidée pour adapter les paramètres en fonction de l’évolution démographique et économique. Selon les statistiques 2023, le régime compte environ 64 millions de cotisants et pensionnés, ce qui en fait le premier régime de retraite complémentaire au monde par le nombre de bénéficiaires.

Mécanisme d’acquisition des points Agirc-Arrco selon l’assiette de cotisation

L’acquisition de points de retraite complémentaire repose sur un principe fondamental : chaque euro cotisé génère des droits proportionnels au salaire brut perçu. Ce système par points offre une transparence que les salariés peuvent vérifier année après année sur leur relevé de carrière. Contrairement au régime de base qui fonctionne par trimestres, la retraite complémentaire comptabilise précisément les montants versés pour calculer les droits futurs.

Calcul des cotisations sur les tranches de salaire T1 et T2

Le système Agirc-Arrco divise l’assiette des cotisations en deux tranches distinct

Le système Agirc-Arrco divise l’assiette des cotisations en deux tranches distinctes, déterminées en fonction du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS). La Tranche 1 (T1) correspond à la partie du salaire brut annuel allant de 0 € jusqu’au montant du PASS (48 060 € en 2026). La Tranche 2 (T2) couvre la fraction de rémunération comprise entre 1 et 8 fois ce plafond, soit de 48 060 € à 384 480 € en 2026. Au-delà de ces montants, aucune cotisation Agirc-Arrco supplémentaire n’est prélevée et donc aucun point de retraite complémentaire n’est acquis sur la partie excédentaire.

Les taux de cotisation appliqués à ces tranches diffèrent, car ils reflètent des niveaux de solidarité et de droits différents. En 2026, le taux global de cotisation Agirc-Arrco (part salariale + part employeur) est de 7,87 % sur la Tranche 1 et de 21,59 % sur la Tranche 2. Concrètement, si votre rémunération annuelle brute est de 60 000 €, vous cotisez à 7,87 % sur 48 060 € et à 21,59 % uniquement sur la partie comprise entre 48 060 € et 60 000 €. Plus votre salaire est élevé, plus la part de rémunération en Tranche 2 augmente et plus vous accumulez rapidement des points Agirc-Arrco, dans la limite de 8 PASS.

Pour les salariés à temps partiel, l’assiette de cotisation est calculée en fonction d’un plafond de Sécurité sociale réduit, proportionnel à la durée de travail contractuelle. Il est toutefois possible, sous réserve d’un accord avec l’employeur, de cotiser sur une base équivalente à un temps plein afin d’augmenter le nombre de points acquis. Ce mécanisme permet de ne pas trop pénaliser sa future retraite complémentaire en cas de travail à temps partiel subi ou choisi, par exemple lors d’une phase de fin de carrière.

Prix d’achat du point de retraite et salaire de référence annuel

Une fois l’assiette de cotisation déterminée et les taux appliqués, se pose une question centrale : combien de points de retraite ces cotisations permettent-elles réellement d’acheter ? C’est là qu’intervient le prix d’achat du point, également appelé salaire de référence annuel. Il s’agit du montant de cotisation (part salariale + part employeur, au taux contractuel) nécessaire pour acquérir un point Agirc-Arrco. Ce prix est fixé chaque année par les partenaires sociaux, en fonction de l’évolution du salaire moyen des cotisants et de la situation financière du régime.

En 2025 et 2026, le salaire de référence Agirc-Arrco est fixé à 20,1877 €. La formule de calcul des points est donc la suivante :

Nombre de points = (Assiette de cotisation x taux de calcul des points) / Prix d’achat du point

Les taux de calcul des points (aussi appelés taux contractuels) s’élèvent en 2026 à 6,20 % sur la Tranche 1 et 17 % sur la Tranche 2. Si l’on reprend l’exemple d’un salaire annuel brut de 75 500 €, le nombre de points acquis en 2026 se calcule ainsi : (48 060 € x 6,20 %) + (75 500 € - 48 060 €) x 17 % = 7 644,52 € de cotisations contractuelles, puis 7 644,52 € / 20,1877 € ≈ 378,67 points. Ce calcul illustre bien la logique du système à points : chaque euro de cotisation contractuelle se traduit en droits de retraite mesurables et comparables d’une année sur l’autre.

On peut comparer ce mécanisme à l’achat régulier de « parts » dans un fonds commun : plus le prix de la part (ici, le point Agirc-Arrco) est élevé, moins vous en achetez pour une même somme ; inversement, si le prix augmente moins vite que votre salaire, vous accumulez plus de points. C’est pourquoi la différence entre la valeur de service du point (celle qui sert à calculer la pension à la retraite) et le prix d’achat du point est un enjeu stratégique pour les partenaires sociaux : elle conditionne la rentabilité de chaque euro cotisé sur le long terme.

Répartition des contributions entre salarié et employeur selon les taux contractuels

Les cotisations de retraite complémentaire Agirc-Arrco sont financées conjointement par le salarié et par l’employeur. La règle générale de répartition prévoit une quote-part à la charge du salarié de 40 % et une part patronale de 60 %. Autrement dit, pour 100 € de cotisations Agirc-Arrco prélevées, 40 € sont retenus sur votre salaire brut et 60 € sont versés en plus par votre employeur. Cette clé de répartition peut toutefois être modifiée par une convention collective ou un accord d’entreprise, à la hausse en faveur du salarié ou de l’employeur.

Sur la Tranche 1, le taux global de 7,87 % se décompose en 3,15 % de part salariale et 4,72 % de part patronale. Sur la Tranche 2, le taux global de 21,59 % se répartit en 8,64 % à la charge du salarié et 12,95 % à la charge de l’employeur. Il est essentiel de comprendre que ce taux global ne sert pas entièrement à acheter des points : seule la fraction correspondant au taux contractuel (6,20 % et 17 %) est prise en compte pour l’acquisition de points. Le surplus provient du taux d’appel, fixé à 127 % du taux contractuel, destiné à financer la solidarité et l’équilibre du régime.

En pratique, cela signifie que si votre entreprise applique le taux standard, les cotisations effectivement « productives de points » sont légèrement inférieures aux sommes prélevées sur votre salaire et versées par l’employeur. Certaines entreprises choisissent d’appliquer des taux de cotisation supérieurs à ces minima, afin d’offrir à leurs salariés une meilleure couverture retraite. Dans ce cas, les cotisations supplémentaires, si elles relèvent du taux contractuel, permettent d’acquérir davantage de points Agirc-Arrco et donc d’augmenter le montant futur de la pension complémentaire.

Impact de la contribution d’équilibre générale (CEG) et de la contribution d’équilibre technique (CET)

Aux cotisations de retraite complémentaire proprement dites s’ajoutent deux contributions spécifiques : la Contribution d’Équilibre Générale (CEG) et la Contribution d’Équilibre Technique (CET). Leur objectif n’est pas d’augmenter vos points, mais de contribuer au financement global du régime, notamment pour compenser les mesures de solidarité (points gratuits pour chômage indemnisé, maladie longue durée, maternité, etc.) et l’allongement de l’espérance de vie. Ces contributions sont, elles aussi, réparties à hauteur de 40 % pour le salarié et 60 % pour l’employeur.

La CEG est prélevée sur l’ensemble des rémunérations soumises à cotisation Agirc-Arrco, sur les tranches 1 et 2. La CET, quant à elle, ne s’applique que lorsque la rémunération annuelle dépasse le plafond de la Sécurité sociale : elle est donc due sur la Tranche 1 et la Tranche 2 pour les salariés dont le salaire dépasse 1 PASS. Dans les deux cas, ces contributions ne génèrent pas de points supplémentaires, contrairement aux cotisations correspondant au taux de calcul des points.

On peut voir la CEG et la CET comme des « assurances » collectives : vous les financez tout au long de votre carrière, mais leur utilité se manifeste à l’échelle du régime, par la capacité à maintenir les pensions et à attribuer des points gratuits lors de périodes non travaillées. Lorsque vous lisez votre bulletin de salaire, il est donc normal de constater que le montant total prélevé au titre de la retraite complémentaire est supérieur à la simple cotisation calculée aux taux de 6,20 % et 17 %. Cette différence participe à la solidité financière de l’Agirc-Arrco, et donc à la sécurité de vos droits futurs.

Formule de calcul du montant de la pension complémentaire Agirc-Arrco

Une fois les points acquis tout au long de votre carrière, comment sont-ils transformés en pension mensuelle ? Le calcul du montant de la retraite complémentaire Agirc-Arrco repose sur une formule simple : nombre total de points x valeur de service du point. C’est ce produit qui détermine le montant annuel brut de votre pension complémentaire, versée en principe chaque mois le premier jour ouvré. En 2026, la valeur de service du point Agirc-Arrco est fixée à 1,4386 €, niveau identique à celui de 2025.

À cette formule de base viennent s’ajouter plusieurs paramètres qui peuvent augmenter ou diminuer temporairement le montant versé : le coefficient de solidarité (malus de 10 % pendant trois ans en cas de départ à l’âge légal avec tous ses trimestres), les coefficients de majoration en cas de départ différé et les majorations familiales pour enfants. C’est l’articulation de ces règles qui fait toute la différence entre deux assurés disposant d’un capital de points comparable mais choisissant des dates de départ différentes.

Application de la valeur de service du point au capital de points acquis

Le principe de calcul de la pension complémentaire Agirc-Arrco peut se résumer de la manière suivante :

Montant annuel brut de la pension = Nombre de points Agirc-Arrco x Valeur de service du point

Supposons que vous partiez à la retraite en 2026 avec 4 000 points Agirc-Arrco. En appliquant la valeur de service du point de 1,4386 €, votre pension annuelle brute s’élève à 4 000 x 1,4386 € = 5 754,40 €, soit environ 479,53 € bruts par mois. Ce calcul est indépendant de votre statut passé (cadre ou non-cadre) puisque tous vos anciens points Arrco et Agirc ont été convertis en points unifiés Agirc-Arrco.

La valeur de service du point est révisée chaque année au 1er novembre, en fonction notamment de l’évolution des salaires et des ressources du régime. Cette revalorisation permet de préserver le pouvoir d’achat des retraités, même si, certaines années, la hausse peut être inférieure à l’inflation pour des raisons d’équilibre financier. Depuis la réforme de 2019, le pilotage de cette valeur de service est au cœur des négociations paritaires annuelles, car il conditionne directement le montant des pensions versées aux 13 millions de bénéficiaires.

Il est utile d’avoir en tête que la pension peut être versée selon une périodicité différente en cas de faible nombre de points. Si votre total de points est inférieur ou égal à 100, la retraite complémentaire est versée en une seule fois sous forme de capital. Entre 101 et 200 points, le versement est effectué une fois par an au lieu d’un paiement mensuel. Au-delà de 200 points, la pension est versée chaque mois. Ces seuils peuvent concerner notamment les carrières courtes ou très fractionnées.

Coefficient de solidarité temporaire de 10% pendant trois ans

Depuis le 1er janvier 2019, l’Agirc-Arrco applique un coefficient de solidarité temporaire, souvent appelé « malus de 10 % », destiné à encourager la poursuite de l’activité au-delà de l’âge légal. Ce dispositif s’applique lorsque vous demandez votre retraite complémentaire au moment où vous obtenez votre retraite de base du régime général à taux plein, c’est-à-dire généralement à 62 ans avec la durée d’assurance requise. Dans ce cas, votre pension complémentaire est réduite de 10 % pendant une durée de trois ans, sans pouvoir dépasser l’âge de 67 ans.

Concrètement, si votre pension complémentaire brute devait être de 500 € par mois, elle sera ramenée à 450 € pendant trois années, avant de revenir définitivement à 500 €. Ce coefficient de solidarité ne s’applique pas dans certaines situations, notamment en cas de retraite anticipée pour incapacité permanente, invalidité, handicap, carrière longue répondant à certaines conditions, ou pour les assurés exonérés de CSG. Il ne s’applique pas non plus si vous différez suffisamment votre départ, comme nous allons le voir avec les coefficients de majoration.

Ce mécanisme peut sembler pénalisant, mais il répond à un enjeu : inciter les assurés à prolonger leur activité d’un à trois ans afin d’améliorer la soutenabilité du régime. Pour vous, la question clé est donc la suivante : est-il plus intéressant de partir dès l’âge du taux plein avec un malus temporaire, ou de décaler son départ pour éviter ce malus et augmenter sa pension ? La réponse dépend de votre situation personnelle (santé, emploi, souhait de temps libre, épargne par ailleurs) et nécessite souvent de réaliser une simulation chiffrée sur votre espace personnel Agirc-Arrco.

Coefficient de majoration pour départ différé au-delà de l’âge légal

En contrepartie du coefficient de solidarité, le régime Agirc-Arrco prévoit des coefficients de majoration pour les assurés qui différeront leur départ en retraite complémentaire au-delà de la date à laquelle ils remplissent les conditions du taux plein. De manière générale, si vous continuez à travailler au-delà de cette date, vous continuez à acquérir des points supplémentaires et pouvez, en plus, bénéficier d’une majoration temporaire de votre pension complémentaire pendant un an.

Selon la durée de report, la majoration peut être, à titre indicatif, de l’ordre de : +10 % pour un décalage d’une année, +20 % pour deux années, et +30 % pour trois années ou plus (dans la limite fixée par les accords en vigueur). Cette majoration s’applique pendant une durée limitée (souvent un an) au moment de la liquidation, mais les points supplémentaires acquis grâce aux années travaillées en plus augmentent, eux, votre pension de manière définitive. On peut comparer ce dispositif à une « prime de fidélité » pour ceux qui prolongent leur activité.

Différer son départ a donc un double effet positif : d’une part, vous évitez le malus de 10 % sur trois ans ; d’autre part, vous profitez d’un bonus temporaire, tout en capitalisant davantage de points Agirc-Arrco. En revanche, retarder sa retraite suppose de renoncer à plusieurs années de pension : il est donc essentiel de comparer le gain de pension future avec le manque à gagner immédiat. Là encore, l’outil de simulation proposé sur le site de l’Agirc-Arrco et sur info-retraite.fr vous permet de visualiser différents scénarios de départ, par exemple à 62, 63, 64 ou 65 ans.

Majoration familiale pour enfants à charge et élevés

Le régime Agirc-Arrco prévoit également des majorations familiales qui viennent compléter le montant de la retraite complémentaire pour les assurés ayant eu ou élevé des enfants. Deux types de majoration coexistent. La première est une majoration définitive pour 3 enfants ou plus : si vous avez eu ou élevé au moins trois enfants, vous pouvez bénéficier, à partir de la liquidation de vos droits, d’une augmentation de votre pension complémentaire. Le pourcentage de majoration dépend du nombre d’enfants et des règles fixées par les accords paritaires.

La seconde est une majoration temporaire pour enfants encore à charge au moment du départ à la retraite. Si vous avez un ou plusieurs enfants à charge (au sens de la Sécurité sociale) lors de la liquidation de votre pension Agirc-Arrco, une majoration est appliquée tant que ces enfants restent à charge. Dès que les conditions cessent d’être remplies (fin des études, entrée dans la vie active, perte de la qualité d’ayant droit), cette majoration est supprimée. Vous pourrez éventuellement bénéficier ensuite de la majoration pour 3 enfants, si vous remplissez les conditions.

Il est important de noter que vous ne pouvez pas cumuler simultanément les deux types de majoration. Si vous remplissez les conditions pour chacune, c’est la majoration la plus avantageuse qui est retenue. Ces règles peuvent avoir un impact significatif sur votre stratégie de départ : par exemple, décaler de quelques mois votre retraite pour la faire coïncider avec la fin de charge d’un enfant peut modifier la nature de la majoration dont vous bénéficierez. D’où l’intérêt, une fois encore, d’anticiper et de vérifier vos droits dans votre compte Agirc-Arrco.

Valorisation annuelle du point Agirc-Arrco et mécanismes de revalorisation

Le système Agirc-Arrco ne se contente pas de calculer un nombre de points à un instant donné : il doit aussi faire vivre ces points dans le temps. Deux notions sont alors essentielles : la valeur de service du point (celle qui sert à calculer la pension) et la valeur d’achat du point (ou salaire de référence, qui sert à l’acquisition des points). Chaque année, les partenaires sociaux décident de l’évolution de ces valeurs, ce qui permet de revaloriser les pensions en cours de versement et d’ajuster le coût d’acquisition de nouveaux points pour les actifs.

Évolution historique de la valeur du point de 2019 à 2024

Depuis la mise en place du régime unifié, la valeur de service du point Agirc-Arrco a connu plusieurs revalorisations successives. À compter du 1er novembre 2019, elle a été fixée à 1,2714 €. Elle a ensuite évolué de la manière suivante :

Période Valeur annuelle du point Évolution
Depuis le 1er novembre 2019 1,2714 €
1er novembre 2021 – 31 octobre 2022 1,2841 € + 1,00 %
1er novembre 2022 – 31 octobre 2023 1,3498 € + 5,12 %
1er novembre 2023 – 31 octobre 2024 1,4159 € + 4,90 %

Au 1er novembre 2024, la valeur du point a été portée à 1,4386 €, soit une hausse de 1,60 %, puis maintenue à ce niveau pour l’année 2025 et 2026. Cette évolution reflète à la fois la volonté de préserver le pouvoir d’achat des retraités et la nécessité de garantir l’équilibre financier du régime. Certaines années, comme en 2020-2021, la progression a été limitée compte tenu du contexte économique marqué par la crise sanitaire et la baisse des salaires moyens.

Cette dynamique de revalorisation montre que, même si votre nombre de points reste figé à la date de liquidation, la valeur de chaque point peut évoluer à la hausse au fil des années de retraite. Autrement dit, votre pension complémentaire Agirc-Arrco n’est pas figée en euros courants : elle est susceptible d’être régulièrement revalorisée, même si les hausses ne suivent pas toujours exactement l’inflation. Pour un retraité sur une longue durée (20 à 30 ans), ces revalorisations annuelles représentent un enjeu comparable à l’indexation d’un loyer ou d’un contrat d’assurance.

Indexation sur l’inflation et accord paritaire de novembre

La revalorisation de la valeur de service du point Agirc-Arrco est décidée chaque année, en principe au 1er novembre, dans le cadre d’un accord paritaire entre les organisations syndicales de salariés et les organisations patronales. Cette décision tient compte de plusieurs paramètres : évolution des salaires, inflation, perspectives démographiques, résultats financiers du régime, etc. L’objectif est d’assurer une indexation raisonnable qui protège les retraités sans mettre en péril la soutenabilité du système.

En pratique, la règle de revalorisation vise souvent à rapprocher l’évolution de la valeur du point de celle des salaires annuels moyens des actifs affiliés au régime, avec parfois un « facteur de soutenabilité » qui peut minorer légèrement cette progression. Par exemple, en 2022 et 2023, les fortes hausses (respectivement +5,12 % et +4,90 %) ont tenu compte de l’inflation élevée, tout en restant compatibles avec les moyens financiers du régime. L’accord national interprofessionnel du 5 novembre 2023 encadre ainsi l’évolution de la valeur d’achat et de la valeur de service du point pour la période 2024-2026.

On peut comparer ce processus à un thermostat : lorsque l’inflation augmente fortement, la revalorisation de la valeur du point est ajustée à la hausse pour éviter une trop forte érosion du pouvoir d’achat des pensions. À l’inverse, lorsque la conjoncture est défavorable (baisse des salaires, déficit du régime), les partenaires sociaux peuvent décider d’un gel ou d’une hausse limitée. En tant que futur ou actuel retraité, il est donc utile de suivre chaque automne ces annonces de revalorisation, qui ont un impact direct sur le montant de votre retraite complémentaire.

Décalage entre prix d’achat et valeur de service du point

Un élément moins visible mais tout aussi important réside dans le décalage entre la valeur d’achat du pointet sa valeur de service

Concrètement, si le prix d’achat du point augmente plus vite que la valeur de service, chaque nouvel euro de cotisation permet d’acheter légèrement moins de droits que par le passé. Cela ne remet pas en cause les droits déjà acquis, mais modifie la trajectoire pour les années à venir. C’est un peu comme si, pour un même budget, vous achetiez chaque année un peu moins de « parts » dans le système de retraite complémentaire, alors même que la valeur de ces parts continue d’être revalorisée. À l’inverse, si le prix d’achat du point évolue à un rythme similaire à celui de la valeur de service, le rendement global reste plus stable.

Ce décalage contribue à l’équilibre financier à long terme du régime Agirc-Arrco, en évitant de faire peser un poids excessif sur les générations futures de cotisants. Pour vous, l’essentiel est de comprendre que : vos points acquis sont garantis et revalorisés selon la valeur de service, tandis que le coût d’acquisition de nouveaux points peut évoluer au fil de votre carrière. D’où l’intérêt de suivre, chaque année, non seulement la valeur du point, mais aussi le prix d’achat publié par l’Agirc-Arrco.

Reconstitution de carrière et transfert des droits entre régimes de retraite

Tout au long d’une vie professionnelle, il est fréquent de changer d’employeur, de statut (cadre, non-cadre), voire de régime de retraite (salarié, indépendant, fonction publique). Comment vos droits à la retraite complémentaire Agirc-Arrco sont-ils alors préservés ? La réponse tient en deux mots : reconstitution de carrière. Les points accumulés auprès des différentes caisses Agirc-Arrco sont centralisés sur un compte individuel, et vos droits acquis dans les anciens régimes Agirc et Arrco ont été transférés dans le régime unifié selon des règles précises de conversion.

Conversion des points agirc et arrco en points unifiés selon les ratios de conversion

Avant le 1er janvier 2019, les salariés non-cadres acquéraient uniquement des points Arrco, tandis que les cadres obtenaient à la fois des points Arrco (sur la partie de rémunération jusqu’à 1 PASS) et des points Agirc (sur les tranches supérieures). La fusion des régimes a nécessité la mise en place d’une conversion des anciens points Agirc en points Agirc-Arrco, tout en conservant la valeur des droits pour les assurés. Les points Arrco ont, eux, été repris à l’identique, selon le principe : 1 point Arrco = 1 point Agirc-Arrco.

Pour les points Agirc, la conversion s’est faite en deux étapes. D’abord, le nombre de points Agirc a été multiplié par la valeur de service du point Agirc en vigueur au 31 décembre 2018. Ensuite, le résultat obtenu a été divisé par la valeur de service du nouveau point Agirc-Arrco au 1er janvier 2019. La formule générale est donc :

Nombre de points Agirc-Arrco = (Nombre de points Agirc x Valeur du point Agirc) / Valeur du point Agirc-Arrco

Cette opération de conversion peut avoir modifié le nombre de points inscrit à votre compte, mais n’a pas réduit vos droits : la valeur globale de votre future pension complémentaire est restée équivalente. Une calculette de conversion, accessible sur le site de l’Agirc-Arrco, permet encore aujourd’hui de vérifier la cohérence entre vos anciens relevés et votre compte de points unifié. Cela peut être utile si vous disposez d’anciens décomptes Agirc et Arrco et souhaitez contrôler votre historique.

Relevé individuel de situation (RIS) et consultation du compte personnel sur agirc-arrco.fr

Pour vous aider à suivre vos droits au fil du temps, le système de retraite français met à votre disposition un Relevé Individuel de Situation (RIS). Ce document récapitule l’ensemble de vos droits à retraite, tous régimes confondus (régime général, Agirc-Arrco, régimes spéciaux, indépendants, etc.). À partir de 35 ans, vous recevez régulièrement ce relevé, puis, à partir de 55 ans, une estimation indicative globale est envoyée tous les cinq ans, présentant des simulations de montant de retraite à différents âges de départ.

En parallèle, vous disposez d’un compte personnel Agirc-Arrco accessible en ligne sur agirc-arrco.fr. Dans cet espace sécurisé, vous pouvez consulter votre relevé annuel de points (RAP), qui détaille les points acquis chaque année au titre de votre activité salariée, de vos périodes de chômage indemnisé, de maladie ou de maternité. Vous pouvez également y effectuer des estimations de retraite complémentaire, télécharger vos attestations et, le moment venu, déposer votre demande de retraite complémentaire en ligne.

Vous vous demandez si toutes vos périodes de travail ont bien été prises en compte ? Il est vivement recommandé de vérifier régulièrement vos relevés et de signaler sans tarder toute anomalie (période manquante, salaire erroné, absence de points pour une période de chômage indemnisé, etc.). Si vous avez déjà 55 ans, vous pouvez même demander une correction de carrière inter-régimes via le portail info-retraite.fr, ce qui permet de traiter simultanément les éventuelles erreurs dans plusieurs régimes de retraite.

Validation des trimestres et périodes assimilées dans le calcul des points

La retraite de base et la retraite complémentaire ne fonctionnent pas selon les mêmes unités de compte. Le régime général calcule vos droits en trimestres, tandis que l’Agirc-Arrco utilise des points. Pourtant, les mêmes événements de carrière (emploi, chômage, maladie, maternité, invalidité, etc.) peuvent avoir des effets dans les deux systèmes. Ainsi, certaines périodes non travaillées peuvent être prises en compte sous forme de trimestres assimilés dans le régime de base et de points gratuits dans le régime complémentaire.

Par exemple, les périodes de chômage indemnisé par l’ARE, l’ASP ou l’ASS, ainsi que les arrêts de travail supérieurs à 60 jours consécutifs pour maladie, maternité, adoption ou accident du travail, peuvent donner lieu à l’attribution de points Agirc-Arrco. Le nombre de points est alors calculé sur la base d’une assiette de cotisation fictive, reconstituée à partir du salaire journalier de référence transmis par France Travail (ex-Pôle emploi), et en appliquant les mêmes taux de calcul des points (6,20 % sur la Tranche 1, 17 % sur la Tranche 2).

En revanche, certaines périodes validées au titre de l’Assurance vieillesse des parents au foyer (AVPF) donnent droit à des trimestres au régime général, mais ne génèrent pas de points Agirc-Arrco. D’où l’importance d’examiner vos relevés de carrière de manière globale, en tenant compte à la fois des trimestres et des points. En cas de carrière incomplète, il est parfois possible de racheter des points Agirc-Arrco pour certaines années d’études supérieures ou années incomplètes, dans la limite de 140 points par an et de trois années. Le coût du rachat dépend notamment de votre âge et de la valeur du point au moment de l’opération.

Optimisation du départ à la retraite et stratégies de liquidation des droits Agirc-Arrco

Comprendre les règles de calcul et de valorisation des points Agirc-Arrco est une étape indispensable, mais la question clé reste souvent la même : à quel moment est-il le plus avantageux de liquider ses droits ? Il n’existe pas de réponse universelle, car la meilleure stratégie dépend de nombreux paramètres : état de santé, situation familiale, niveau de revenus, perspectives d’emploi, patrimoine, etc. En revanche, certains principes généraux peuvent vous aider à prendre une décision éclairée.

La première étape consiste à vérifier si vous remplissez les conditions de la retraite à taux plein au régime de base (âge légal atteint et nombre de trimestres requis, ou âge du taux plein automatique à 67 ans). Tant que ce n’est pas le cas, à la fois votre pension de base et votre pension complémentaire Agirc-Arrco subiront une décote définitive. Il est donc souvent préférable de compléter ses trimestres (par une activité poursuivie, un rachat de trimestres, ou la prise en compte de périodes assimilées) avant de liquider ses droits, sauf contraintes personnelles majeures.

La deuxième étape consiste à mesurer l’impact du coefficient de solidarité de 10 % si vous partez dès l’obtention du taux plein, et à comparer ce scénario avec un départ décalé d’un an ou plus. Dans un contexte où l’espérance de vie à la retraite dépasse fréquemment 20 ans, quelques mois ou quelques années de travail en plus peuvent se traduire par un gain significatif sur la durée, via davantage de points et d’éventuels coefficients de majoration. À l’inverse, si vous disposez d’autres revenus (épargne, immobilier locatif) et que votre priorité est le temps libre, il peut être rationnel d’accepter le malus temporaire pour profiter plus tôt de votre retraite.

Enfin, n’oubliez pas que la date de liquidation de votre retraite complémentaire peut être différente de celle de votre retraite de base, même si cette option reste encadrée. Il est notamment possible, à partir de 57 ans, de demander votre retraite complémentaire Agirc-Arrco sans demander immédiatement votre retraite de base, mais avec un fort coefficient de minoration. Ce choix doit être manié avec précaution, car la décote appliquée peut s’avérer très importante et définitive. Dans tous les cas, il est recommandé de faire vos simulations plusieurs années avant la date envisagée, puis de déposer votre demande de retraite au moins six mois avant la date souhaitée, afin d’éviter tout décalage de paiement.