
# Programmes d’activité physique adaptée : quels bénéfices prouvés pour les seniors
Le vieillissement de la population européenne représente aujourd’hui un défi sanitaire majeur. En France, près de 20% de la population a franchi le cap des 65 ans, et cette proportion ne cesse d’augmenter. Face à cette réalité démographique, la question du maintien de l’autonomie et de la qualité de vie des seniors devient cruciale. Les programmes d’activité physique adaptée (APA) émergent comme une solution thérapeutique non médicamenteuse dont les effets sont désormais solidement documentés par la recherche scientifique. Ces interventions structurées, conçues spécifiquement pour répondre aux capacités fonctionnelles des personnes âgées, génèrent des bénéfices mesurables sur l’ensemble des systèmes physiologiques. De la prévention de la sarcopénie à la protection contre le déclin cognitif, en passant par l’amélioration des paramètres cardiovasculaires, l’APA constitue une approche globale qui transforme radicalement la trajectoire du vieillissement.
Sarcopénie et déclin fonctionnel : mécanismes physiologiques combattus par l’APA
Perte de masse musculaire et dynapénie après 65 ans : données épidémiologiques
La sarcopénie, caractérisée par une diminution progressive de la masse et de la force musculaire, touche environ 10% des personnes de plus de 60 ans et jusqu’à 50% des octogénaires. Ce processus dégénératif commence dès l’âge de 30 ans, avec une perte moyenne de 3 à 8% de masse musculaire par décennie. Après 60 ans, cette dégradation s’accélère dramatiquement, pouvant atteindre 15% par décennie. Les conséquences fonctionnelles sont considérables : la dynapénie, ou perte de force musculaire, affecte directement la capacité à réaliser les activités de la vie quotidienne et multiplie par trois le risque de chutes.
Les mécanismes sous-jacents incluent une réduction du nombre et de la taille des fibres musculaires, particulièrement les fibres de type II responsables des mouvements rapides et puissants. La dénervation progressive des unités motrices, associée à une diminution de la synthèse protéique et une augmentation du catabolisme musculaire, explique cette fonte musculaire. L’inflammation chronique de bas grade, typique du vieillissement, contribue également à ce processus destructeur en libérant des cytokines pro-inflammatoires qui interfèrent avec la régénération musculaire.
Les programmes d’APA ciblant le renforcement musculaire montrent des résultats remarquables pour contrer cette évolution. Des études ont démontré qu’un entraînement en résistance progressive, même initié après 80 ans, permet d’augmenter la masse musculaire de 10 à 15% en seulement 12 semaines. Cette réponse anabolique prouve que le muscle âgé conserve sa capacité d’adaptation, à condition de recevoir les stimuli appropriés.
Neuroplasticité et coordination motrice : effets des exercices proprioceptifs
Le système nerveux subit également des altérations significatives avec l’âge, affectant la vitesse de conduction nerveuse, la précision des mouvements et l’intégration sensorielle. La proprioception, cette capacité à percevoir la position de son corps dans l’espace, se détériore progressivement, compromettant l’équilibre et la coordination. Les exercices proprioceptifs int
Les exercices proprioceptifs interviennent précisément sur ces composantes. En sollicitant les capteurs des muscles, des tendons et des articulations (barres de marche, coussins instables, exercices les yeux fermés, changements de direction), l’APA stimule la neuroplasticité, c’est-à-dire la capacité du cerveau à réorganiser ses connexions. Plusieurs essais cliniques ont montré qu’après 8 à 10 semaines d’entraînement proprioceptif, les seniors améliorent significativement leur temps de réaction, leur précision gestuelle et leur stabilité lors de perturbations externes. En pratique, cela se traduit par une meilleure capacité à « rattraper » un déséquilibre soudain, par exemple lorsque vous butez sur un tapis ou un trottoir irrégulier.
Sur le plan neurophysiologique, ces exercices augmentent l’efficacité des circuits sensorimoteurs et renforcent l’intégration des informations visuelles, vestibulaires et somesthésiques. C’est un peu comme si l’on « mettait à jour » le logiciel de contrôle moteur pour qu’il réponde plus vite et plus finement aux aléas du quotidien. Intégrés dans un programme d’activité physique adaptée, les ateliers d’équilibre et de coordination ne se limitent donc pas à quelques exercices ludiques : ils participent à la reprogrammation motrice du sujet âgé et réduisent de façon tangible le risque de chute et de perte d’autonomie.
Densité minérale osseuse et prévention de l’ostéoporose par l’entraînement en résistance
Le vieillissement s’accompagne d’une diminution progressive de la densité minérale osseuse, particulièrement marquée chez les femmes après la ménopause. Cette déminéralisation accroît le risque d’ostéoporose et de fractures, notamment au niveau du col du fémur et des vertèbres. Or, l’os est un tissu vivant, hautement sensible aux contraintes mécaniques : plus il est sollicité de manière appropriée, plus il se renforce. C’est là qu’intervient l’entraînement en résistance intégré aux programmes d’APA.
Des études longitudinales montrent qu’un entraînement régulier combinant exercices portés (marche, montées d’escaliers) et résistance progressive (élastiques, charges légères, poids du corps) permet de stabiliser, voire d’augmenter légèrement, la densité minérale osseuse chez le senior. Sur 12 à 18 mois, on observe une réduction significative du risque de fractures, en particulier lorsqu’on associe activité physique adaptée, apport suffisant en calcium et vitamine D, et prise en charge des autres facteurs de risque (tabac, alcool, certains médicaments). Concrètement, un simple programme de renforcement des membres inférieurs, réalisé deux à trois fois par semaine, agit comme un « signal mécanique » envoyé à l’os pour entretenir sa solidité.
Équilibre postural et réduction du risque de chutes : protocole otago et méthode pilates senior
Les chutes représentent l’un des événements les plus redoutés après 70 ans, car elles entraînent souvent fractures, hospitalisations et entrée en institution. La perte d’équilibre résulte à la fois de la sarcopénie, de la dégradation de la proprioception et d’affections associées (troubles visuels, neuropathies, médicaments sédatifs). Les programmes d’APA ciblant l’équilibre postural intègrent désormais des protocoles validés, dont le plus emblématique est le programme Otago.
Développé en Nouvelle-Zélande, le protocole Otago combine exercices de renforcement des muscles des membres inférieurs (quadriceps, fessiers, triceps suraux) et entraînement de l’équilibre (appuis unipodaux, transferts de poids, marche avec obstacles). Des essais randomisés ont montré une réduction de 30 à 40% des chutes chez les participants de plus de 80 ans suivant ce programme à domicile ou en groupe. La méthode Pilates adaptée aux seniors, quant à elle, met l’accent sur le renforcement du « centre » (ceinture abdominale, muscles paravertébraux) et le contrôle postural fin. En travaillant la respiration, l’alignement de la colonne et la stabilité du bassin, le Pilates senior améliore la posture globale et diminue les déséquilibres lors des changements de position (se lever, s’asseoir, se pencher).
Protocoles d’entraînement validés scientifiquement pour les personnes âgées
Programme VivifrAIL : renforcement musculaire multicomposante contre la fragilité
La fragilité est un syndrome gériatrique caractérisé par une baisse des réserves physiologiques, une fatigabilité accrue et une vulnérabilité aux événements de santé. Le programme VivifrAIL, développé en Europe, propose une approche multicomposante spécifiquement destinée aux personnes âgées fragiles ou pré-fragiles. Il combine exercices de renforcement musculaire, travail d’équilibre, endurance et mobilité articulaire, avec une progression individualisée en fonction du niveau initial.
Les études menées sur VivifrAIL montrent une amélioration significative de la vitesse de marche, de la force de préhension et de la capacité à se lever d’une chaise. Autrement dit, les indicateurs clés de la fragilité s’améliorent au point de faire « reculer » le stade de fragilité chez une proportion importante de participants. Ce type de programme démontre qu’il est possible, même après 75 ou 80 ans, de récupérer une marge de sécurité fonctionnelle. Pour vous, cela signifie moins de fatigue au quotidien, une meilleure tolérance à l’effort et une plus grande confiance dans vos déplacements.
Entraînement HIIT adapté : intervalles courts et récupération active pour seniors autonomes
Lorsque l’on parle de HIIT (High-Intensity Interval Training), on pense souvent aux entraînements de sportifs aguerris. Pourtant, des versions adaptées ont été développées pour les seniors autonomes, sous encadrement APA. Le principe reste le même : alterner de courtes périodes d’effort à intensité relativement élevée avec des phases de récupération active. Par exemple, marcher à un rythme soutenu pendant 1 minute, puis à un rythme confortable pendant 2 minutes, le tout répété 6 à 8 fois.
Plusieurs essais contrôlés montrent que ce type d’entraînement fractionné, pratiqué 2 à 3 fois par semaine, améliore plus rapidement la capacité cardiorespiratoire (VO2max) qu’un entraînement continu modéré de même durée totale. Adapté avec prudence et après validation médicale, le HIIT pour seniors permet de « réveiller » le système cardiovasculaire sans dépasser les limites de sécurité. C’est un peu comme si l’on apprenait à votre cœur et à vos poumons à réagir plus efficacement aux efforts du quotidien : monter une côte, porter des courses, rattraper un bus.
Gymnastique douce chinoise : Tai-Chi et qi gong dans la gestion de l’arthrose
Les pratiques corporelles lentes comme le Tai-Chi et le Qi Gong occupent une place de choix dans de nombreux programmes d’activité physique adaptée. Leurs mouvements fluides, associés à une respiration profonde et à une attention portée au corps, en font des alliés précieux chez les personnes âgées souffrant d’arthrose ou de douleurs chroniques. Contrairement aux idées reçues, ces « gymnastiques douces » ne sont pas de simples chorégraphies : elles sollicitent finement les muscles posturaux, améliorent la mobilité articulaire et stimulent l’équilibre.
Des méta-analyses ont démontré que la pratique régulière du Tai-Chi (deux à trois séances hebdomadaires pendant 12 semaines) réduit la douleur arthrosique, améliore la fonction articulaire et diminue la peur de chuter. Le Qi Gong, de son côté, agit fortement sur la perception de la douleur et le bien-être global grâce à sa dimension méditative. Pour les seniors, intégrer ce type de gym chinoise dans un programme d’APA, c’est bénéficier d’une approche à la fois physique, mentale et respiratoire, particulièrement adaptée lorsque les articulations sont sensibles.
Aquagym thérapeutique : hydrokinésithérapie et allègement articulaire en piscine
La piscine est un environnement idéal pour l’APA des personnes âgées souffrant de limitations motrices, d’obésité ou de douleurs articulaires. Grâce à la poussée d’Archimède, le poids apparent du corps diminue, ce qui soulage les articulations tout en permettant un travail musculaire efficace. L’aquagym thérapeutique et l’hydrokinésithérapie exploitent ces propriétés pour proposer des séances de renforcement, d’endurance et d’étirements avec un risque très faible de chute ou de traumatisme.
Les études cliniques montrent qu’après 8 à 10 semaines de séances aquatiques bihebdomadaires, les seniors améliorent leur capacité à marcher, monter des escaliers et se lever d’une chaise, tout en réduisant la douleur liée à l’arthrose. La résistance de l’eau offre un travail musculaire global, tandis que la chaleur (dans les bassins thérapeutiques) favorise le relâchement musculaire et la détente. En pratique, si vous avez peur de tomber ou si vous souffrez de genoux ou de hanches douloureux, la piscine constitue souvent une porte d’entrée sécurisée pour reprendre une activité physique adaptée.
Effets cardiovasculaires et métaboliques démontrés par méta-analyses
Réduction de l’hypertension artérielle : protocoles d’endurance à intensité modérée
L’hypertension artérielle touche plus d’une personne sur deux après 65 ans et constitue un facteur de risque majeur d’AVC et d’infarctus. Les méta-analyses regroupant des centaines d’essais cliniques convergent : une activité d’endurance à intensité modérée, pratiquée régulièrement, abaisse la pression artérielle systolique de 5 à 10 mmHg en moyenne. Cela équivaut à l’effet de certains traitements médicamenteux de première ligne, avec en prime des bénéfices sur le poids, le moral et le sommeil.
Dans le cadre de l’APA, on privilégie des activités continues comme la marche rapide, le vélo d’appartement ou la natation, à une intensité permettant de parler mais pas de chanter. Des séances de 30 minutes, cinq jours par semaine, suffisent souvent à induire une baisse significative de la tension artérielle après 8 à 12 semaines. Bien entendu, l’effort est ajusté en fonction des pathologies associées et des traitements en cours, en lien avec le médecin traitant. Vous vous demandez si cela vaut vraiment la peine ? Pour chaque baisse de 5 mmHg de la pression systolique, le risque d’AVC diminue de près de 10%.
Contrôle glycémique et sensibilité à l’insuline chez les diabétiques de type 2
Le diabète de type 2 est très fréquent après 60 ans et s’accompagne de complications cardiovasculaires, rénales et neurologiques. L’activité physique adaptée améliore la sensibilité à l’insuline au niveau musculaire, ce qui permet au glucose de pénétrer plus facilement dans les cellules et de diminuer la glycémie. Des méta-analyses montrent qu’un programme combinant endurance et renforcement musculaire fait baisser l’HbA1c (marqueur du contrôle glycémique sur trois mois) de 0,5 à 0,8 point, ce qui est cliniquement significatif.
Concrètement, les muscles agissent comme une « pompe à sucre » : plus ils sont sollicités, plus ils consomment du glucose, indépendamment parfois de l’insuline. Les protocoles d’APA pour diabétiques incluent généralement 150 minutes d’activité modérée hebdomadaire et deux séances de renforcement musculaire ciblé. Cela suppose une coordination étroite avec le médecin pour adapter, si nécessaire, les doses de médicaments ou d’insuline afin de prévenir les hypoglycémies à l’effort. Pour vous, cela se traduit par une meilleure énergie au quotidien, une réduction du risque de complications et, parfois, une diminution de certains traitements à moyen terme.
Profile lipidique optimisé : diminution du LDL-cholestérol par l’activité aérobie
Les troubles lipidiques (cholestérol, triglycérides) sont eux aussi courants avec l’avancée en âge. L’activité physique aérobie régulière agit sur le profil lipidique en abaissant le LDL-cholestérol (« mauvais » cholestérol) et en augmentant légèrement le HDL-cholestérol (« bon » cholestérol). Les analyses de la littérature scientifique indiquent une réduction moyenne de 5 à 10% du LDL après plusieurs mois de pratique, surtout lorsque l’APA s’accompagne d’ajustements alimentaires simples (diminution des graisses saturées, augmentation des fibres).
Dans les programmes d’APA, ces objectifs sont souvent atteints par la marche active, le vélo, la danse ou l’aquagym, réalisés à une intensité modérée de manière récurrente. Pensez à l’exercice comme à un « dépoussiérage » régulier de votre réseau vasculaire : en améliorant la circulation et en modulant les lipides sanguins, il limite la formation de plaques d’athérome responsables de l’artériosclérose. Là encore, l’effet n’est pas spectaculaire séance après séance, mais cumulé sur des mois et des années, il devient déterminant.
Capacité cardiorespiratoire VO2max : gains mesurables après 12 semaines d’APA supervisée
La VO2max, qui reflète la capacité maximale de l’organisme à consommer de l’oxygène à l’effort, diminue naturellement avec l’âge. Pourtant, même après 70 ans, elle reste modulable à la hausse grâce à un entraînement adapté. De nombreux essais montrent qu’après 12 semaines de programme d’APA supervisée, incluant endurance et renforcement, la VO2max peut augmenter de 10 à 20% chez des seniors initialement sédentaires. Ce gain est loin d’être anecdotique : il correspond souvent au passage d’un seuil de fragilité à un niveau fonctionnel plus confortable.
En pratique, cela signifie que vous vous essoufflez moins vite en montant des escaliers, que vous récupérez plus rapidement après un effort et que vous pouvez participer plus sereinement aux activités familiales ou sociales. On pourrait comparer la VO2max au « moteur » de votre organisme : même si le modèle n’est plus tout jeune, un entretien régulier et progressif permet de retrouver de la puissance disponible pour le quotidien.
Bénéfices cognitifs et prévention des démences neurodégénératives
Neurogenèse hippocampique et sécrétion du BDNF par l’exercice physique régulier
L’un des progrès majeurs de la recherche des vingt dernières années tient dans la démonstration que le cerveau reste plastique tout au long de la vie. L’hippocampe, structure clé de la mémoire et de l’orientation spatiale, est particulièrement sensible à l’activité physique. Les études chez l’animal et chez l’humain montrent qu’un exercice régulier stimule la neurogenèse hippocampique (production de nouveaux neurones) et augmente la sécrétion de BDNF (Brain-Derived Neurotrophic Factor), une protéine qui favorise la survie et la croissance des neurones.
Au niveau fonctionnel, cela se traduit par une amélioration de certaines performances cognitives : mémoire épisodique, attention soutenue, vitesse de traitement. Des essais cliniques ont mis en évidence que des seniors pratiquant une activité physique adaptée trois fois par semaine pendant six mois présentaient une augmentation du volume hippocampique mesuré par IRM, par rapport à un groupe témoin sédentaire. Autrement dit, bouger régulièrement agit comme un engrais biologique pour les circuits de la mémoire.
Ralentissement du déclin cognitif léger : étude FINGER et programmes multidomaines
Le déclin cognitif léger (MCI pour Mild Cognitive Impairment) correspond à un stade intermédiaire entre vieillissement cognitif normal et démence. L’étude FINGER, menée en Finlande, a montré qu’un programme multidomaine associant activité physique, conseils nutritionnels, stimulation cognitive et gestion des facteurs de risque cardiovasculaire permettait de ralentir significativement ce déclin chez des personnes âgées à risque. L’activité physique y occupait une place centrale, avec des séances d’endurance et de renforcement musculaire encadrées.
En s’inspirant de ce modèle, de nombreux programmes d’APA intègrent désormais des dimensions complémentaires : ateliers mémoire, éducation thérapeutique, optimisation du sommeil. L’idée est simple : en agissant simultanément sur plusieurs leviers (corps, alimentation, cerveau, cœur), on crée un effet de synergie qui protège davantage les fonctions cognitives. Pour vous ou vos proches, cela peut signifier conserver plus longtemps la capacité à gérer les finances, les rendez-vous, les déplacements, et donc à rester autonome.
Réduction du risque alzheimer : corrélation entre activité physique et plaques amyloïdes
Plusieurs grandes études de cohorte ont montré que les personnes âgées physiquement actives présentent un risque réduit de développer une maladie d’Alzheimer par rapport aux sujets sédentaires. Les mécanismes précis sont encore à l’étude, mais il semble que l’exercice physique régulier réduise l’accumulation de plaques amyloïdes et de protéines tau anormales dans le cerveau, deux marqueurs caractéristiques de la maladie. De plus, l’amélioration de la vascularisation cérébrale et la réduction de l’inflammation systémique jouent probablement un rôle protecteur supplémentaire.
Bien sûr, l’activité physique adaptée ne constitue pas un « vaccin » contre Alzheimer, mais elle apparaît comme l’un des rares leviers modifiables susceptibles de diminuer le risque ou de retarder l’apparition des symptômes. Quand on sait à quel point un diagnostic de démence peut bouleverser une vie, investir dans un programme d’APA régulier, même modeste, prend une dimension toute particulière.
Qualité de vie et autonomie fonctionnelle : échelles de mesure validées
Score ADL et IADL : amélioration des activités de la vie quotidienne post-intervention
Au-delà des marqueurs biologiques ou des tests de laboratoire, ce qui importe le plus pour un senior, c’est souvent très concret : peut-on se laver, s’habiller, préparer ses repas, faire ses courses, utiliser les transports ? Les échelles ADL (Activities of Daily Living) et IADL (Instrumental Activities of Daily Living) permettent de quantifier ce niveau d’autonomie. Les programmes d’activité physique adaptée ont montré qu’ils amélioraient significativement ces scores, en particulier chez les personnes fragiles ou en début de perte d’autonomie.
Après quelques mois d’APA ciblée, de nombreux participants récupèrent la capacité à se lever d’une chaise sans aide, à marcher de plus longues distances ou à porter des charges légères sans épuisement. Ces progrès peuvent paraître modestes vus de l’extérieur, mais ils font souvent la différence entre un maintien à domicile serein et une entrée en institution. En travaillant la force, l’endurance et l’équilibre, l’APA redonne de la marge de manœuvre fonctionnelle, ce que les gériatres appellent la « réserve ».
Réduction des symptômes dépressifs : échelle GDS et neurotransmetteurs monoaminergiques
La dépression du sujet âgé est fréquente, parfois méconnue, et elle aggrave la perte d’autonomie. Les séances d’APA agissent sur plusieurs plans. D’un point de vue biologique, l’exercice stimule la libération de neurotransmetteurs comme la sérotonine, la dopamine et la noradrénaline, impliqués dans la régulation de l’humeur. Il augmente également la production d’endorphines, souvent décrites comme les « hormones du bien-être ».
Les études utilisant l’échelle GDS (Geriatric Depression Scale) montrent une diminution significative des scores dépressifs après 8 à 12 semaines de pratique régulière d’activité physique adaptée, surtout lorsqu’elle est proposée en groupe. L’aspect social joue un rôle majeur : retrouver des repères, des visages familiers, un sentiment d’appartenance contribue à rompre l’isolement, véritable poison psychologique du grand âge. Vous hésitez à rejoindre un atelier par peur de ne pas suivre ? Dans la plupart des structures, les groupes sont petits et le niveau d’effort est ajusté à chacun, ce qui facilite l’engagement.
Sommeil réparateur et régulation circadienne par l’activité physique diurne
Les troubles du sommeil (difficultés d’endormissement, réveils nocturnes, réveil trop matinal) augmentent avec l’âge et altèrent fortement la qualité de vie. L’activité physique adaptée pratiquée en journée aide à resynchroniser l’horloge biologique interne, ou rythme circadien. En augmentant la dépense énergétique et en exposant davantage à la lumière naturelle lors des séances en extérieur, l’APA favorise une somnolence physiologique en fin de journée et un sommeil plus profond la nuit.
Les essais cliniques ont montré qu’un programme régulier d’exercices modérés, surtout le matin ou en début d’après-midi, améliore la durée totale de sommeil, réduit le temps d’endormissement et diminue les réveils nocturnes. À l’inverse, l’inactivité prolongée et les siestes trop longues en journée brouillent les signaux de l’horloge interne. Intégrer des séances d’APA dans la routine quotidienne revient donc, en quelque sorte, à « recaler » le cycle veille-sommeil pour retrouver un repos plus réparateur.
Cadre réglementaire et prescription médicale d’APA en france
Décret sport sur ordonnance et professionnels certifiés STAPS APA-S
En France, l’activité physique adaptée bénéficie depuis 2016 d’un cadre réglementaire spécifique avec le décret dit du « sport sur ordonnance ». Ce texte autorise les médecins à prescrire une activité physique adaptée à leurs patients atteints d’une affection de longue durée (ALD), puis, depuis 2021, à des personnes souffrant de maladies chroniques ou en perte d’autonomie. Cette reconnaissance officielle consacre l’APA comme une véritable thérapeutique non médicamenteuse, complémentaire aux traitements classiques.
Les séances sont encadrées par des professionnels spécifiquement formés, titulaires d’une licence ou d’un master STAPS mention APA-S (Activité Physique Adaptée et Santé). Ces intervenants évaluent les capacités fonctionnelles, les limitations et les motivations de chaque senior, puis co-construisent un programme personnalisé. Ils travaillent en lien avec les médecins traitants, les kinésithérapeutes et les autres acteurs de santé pour assurer la sécurité et la progression des patients. Pour vous, cela signifie que l’on ne vous demandera jamais d’« entrer dans le moule » d’un sport standard, mais que l’activité sera réellement ajustée à votre profil.
Remboursement par mutuelles et dispositifs Prescri’Mouv de l’assurance maladie
Si l’Assurance Maladie ne rembourse pas encore directement toutes les séances d’APA, plusieurs dispositifs régionaux, comme Prescri’Mouv dans certaines caisses, facilitent l’accès aux programmes de sport-santé. Ces parcours coordonnés proposent une évaluation initiale, une orientation vers des structures d’APA partenaires et un suivi sur plusieurs mois. Certaines mutuelles de santé, sensibles à l’enjeu de prévention, prennent également en charge tout ou partie du coût des séances, sur présentation d’une prescription médicale.
Il peut donc être utile de vous renseigner auprès de votre médecin, de votre caisse d’Assurance Maladie et de votre complémentaire santé pour connaître les aides disponibles dans votre territoire. À l’échelle individuelle, l’investissement financier reste souvent modeste au regard des économies potentielles sur les hospitalisations, les chutes ou les complications de maladies chroniques. À l’échelle collective, le développement de ces dispositifs d’APA représente un levier majeur pour contenir les dépenses de santé liées au vieillissement.
Réseaux Sport-Santé régionaux et structures labellisées maison Sport-Santé
Pour rendre l’offre plus lisible, les pouvoirs publics ont déployé depuis 2019 un réseau de Maisons Sport-Santé sur l’ensemble du territoire. Plus de 400 structures ont été labellisées et constituent aujourd’hui des portes d’entrée privilégiées pour toute personne souhaitant bénéficier d’un programme de sport-santé, dont l’APA pour seniors. Ces maisons, portées par des hôpitaux, des associations, des collectivités ou des clubs sportifs, rassemblent des professionnels formés et proposent des parcours adaptés à différents profils de santé.
Parallèlement, de nombreux réseaux régionaux Sport-Santé coordonnent les offres locales, référencent les éducateurs APA-S, et organisent des actions de sensibilisation auprès du grand public et des professionnels. En pratique, si vous ne savez pas par où commencer, contacter la Maison Sport-Santé la plus proche de chez vous ou en parler à votre médecin traitant est souvent la meilleure première étape. Vous serez orienté vers des ateliers sécurisés, à votre rythme, pour faire de l’activité physique adaptée non pas une contrainte, mais un véritable outil de bien vieillir au quotidien.